Un peu d'histoire

La vallée fut habitée dès la fin de la Préhistoire comme en témoignent les très nombreux vestiges découverts un peu partout. Durant l'Antiquité, la tribu celto-ligure des Esubiens peupla la vallée.

Guy Barruol suggérait que la vallée ait été peuplée par les Savincates avant la conquête romaine.

Antiquité

La vallée est rattachée à l'Empire romain par Auguste et fait partie de la petite province des Alpes Cottiennes. Une voie romaine traversait la vallée, nommée alors Vallis nigra. Les Romains ont occupé le site de Faucon, et aussi probablement la position fortifiée de Tournoux, laquelle est utilisée depuis la Préhistoire jusqu'à Maginot. D'ailleurs, le site tirerait son nom d'un certain Turnus, officier romain. Mais rien n'est moins sûr car au Moyen Âge, le nom est Tourneis, « soleil tournant », rappelant le micro-climat de son exposition, et la présence de nombreux cadrans solaires. Les Esubiens furent romanisés et leur civilisation disparut. Peu à peu, la vallée de l'Ubaye perdit une partie de sa population et retourna partiellement à l'état sauvage.

Christianisée à la fin de l'époque romaine, la vallée dépendait de l'évêché d'Embrun.

On sait depuis 1945 que la vallée est la civitas Rigomagensium au Bas-Empire. Elle garde ce nom jusqu’à la fin du 1er millénaire.

Moyen Âge

Au Haut Moyen Âge, le nom de la vallée évolue en vallis Rigomagensis (VIIIe siècle) lorsqu’elle est léguée par le patrice Abbon à l’abbaye de Novalaise, puis devient vallis Reumagensis au IXe siècle. La vallée de l’Ubayette et la haute vallée de l’Ubaye, pendant la même période, sont réunies sous le terme vallis Moccensis, d’après le nom de la famille romaine des Moccii : si les biens du patrice Abbon y suivent le même sort que ceux de la vallée de l’Ubaye (et reviennent à l’abbaye de Novalaise), les vallées de la haute Ubaye et de l’Ubayette sont rattachées à l’archevêché de Turin. Le terme évolue ensuite en vallis Muscio (XIIe siècle), vallium Mucii (XIIIe siècle), puis au XIVe siècle, en Vallis Montii, c’est-à-dire le Val-des-Monts, district de la vallée de Barcelonnette qui a existé jusqu’au XVIIIe siècle.

En 571, c’est vraisemblablement sur le plateau de Gleysolles, commune de Meyronnes, que le patrice Mummole affronte et vainc les Saxons lors de la bataille de Mustiae-Calme, au lieu-dit les Eychalps. L’année suivante, les Saxons envahissent de nouveau le sud-est de la Gaule, et passent encore par le col de Larche. Ils sont cette fois aussi battus par le même Mummole, lors de la bataille d'Estoublon.

La vallée est rattachée au comté de Provence au Bas Moyen Âge. Lors de la partition du comté de Provence au XIIe siècle, la vallée de Barcelonnette relevait du comté de Forcalquier. Elle rejoint l'héritage de Raimond Bérenger IV avec le reste du comté en 1220.

Son chef-lieu, Barcelonnette, est fondé en 1231 par Raimond Bérenger IV de Provence, comte de Provence. Avant cette date, la « capitale » de la vallée était Saint-Pons. En 1388, la vallée fut annexée au duché de Savoie.


Temps modernes

En été 1515, François 1er, savoyard par sa mère, emprunte le col de Vars et le col de Larche pour surprendre l'Italie. Il gagne la bataille de Marignan dans sa première année de règne.

La vallée de l'Ubaye fut rattachée à la France en 1713 par le traité d'Utrecht grâce au maréchal de Berwick, conscient de son importance stratégique, échangée au duc de Savoie Victor-Amédée III devenu roi de Piémont-Sardaigne contre plusieurs territoires piémontais. Elle demande alors son rattachement à la Provence, car elle avait fait partie du comté de Provence plusieurs siècles avant, et pour des raisons économiques (la vallée de l'Ubaye étant commercialement plus tournée vers la Provence que vers le Dauphiné). Sur décision royale, la vallée est donc rattachée à la Provence et non au Dauphiné (comme le souhaitait le parlement dauphinois). Durant la Révolution, la vallée fut l'une des bases de l'Armée des Alpes.

Époque contemporaine

Dans les années 1830, la première route carrossable est ouverte, désenclavant la vallée : la RN 100.

Elle est devenue la RD 900 en 1973. Aux XIXe et XXe siècles, à la suite des frères Arnaud partis de Jausiers, une partie des Ubayens émigrent au Mexique pour faire fortune. Une petite communauté ubayenne s'établit là-bas, contrôlant une part de l'industrie textile mexicaine. Une partie d'entre eux reviendront, certains très riches (lesquels se feront construire les belles « villas mexicaines »). D'autres restent au Mexique, où on trouve aujourd'hui plus de 50 000 de leurs descendants. Ce mouvement a été initié en 1805 par Jacques Arnaud, l'un des fameux Frères Arnaud de Jausiers, qui partit en Louisiane, et fonda la ville d'Arnaudville. Dès 1821, les frères Arnaud partirent au Mexique.

L'Ubaye est occupée par les Italiens en 1942 puis par les Allemands en 1943 et 1944 (et même 1945 pour une partie de la Haute-Ubaye).

Une vallée à vocation militaire

De la Préhistoire au XXIe siècle, la vallée de l'Ubaye a très souvent eu une vocation militaire, plus ou moins prononcée selon les époques. En effet, elle a une position géographique importante : carrefour entre l'Italie à l'est, la Haute-Provence à l'ouest, l'Embrunais et le Queyras au nord, le Verdon et la Tinée au sud. C'est donc une voie de passage, qui est militairement intéressante à posséder. L'altercation entre les Ésubiens et les Romains sous la République est la plus ancienne trace de la position stratégique de la vallée, de même que la théorie du passage des Alpes par Hannibal via le col de Larche. Bien qu'il soit aujourd'hui presque sûr qu'Hannibal n'emprunta pas le col de Larche, ce dernier, grâce à sa relative faible altitude par rapport aux autres cols frontaliers (1 991 mètres, qui le laisse ouvert parfois jusqu'à tard dans l'année en cas d'enneigement faible), en fait un point de passage privilégié pour une armée voulant se rendre en Italie (ou en France par le chemin inverse) et désireuse d'éviter le chemin de la côte niçoise, ou alors les cols plus célèbres des Alpes du Nord. C'est comme cela que François 1er put surprendre ses ennemis en 1515.

En 1713 a lieu un évènement capital pour la vallée de l'Ubaye : son rattachement officiel au royaume de France, toujours en raison de cette position stratégique. Quelques années auparavant, six redoutes ont été bâties dans cette haute-vallée, dont il ne reste au début du XIXe siècle que la fameuse Redoute dite de Berwick, une petite forteresse construite par Vauban, qui est réutilisée aux XIXe et XXe siècles comme dépôt de munitions.

Sous la Révolution, jusqu'à 10 000 hommes de l'Armée des Alpes furent stationnés dans la vallée, pour verrouiller le col de Larche et les armées austro-piémontaises. Cette vocation militaire s'évanouit lors du Premier Empire, Napoléon ayant rattaché le Piémont à la France. Mais elle joua de nouveau son rôle lors des Cents Jours qui précédèrent la défaite napoléonienne.

C'est dans les années 1830, sous l'impulsion du général Haxo, que la fortification en masse de la vallée de l'Ubaye fut entreprise, avec la construction du fort de Tournoux, le « Versailles militaire du XIXe siècle ». Après la mort d'Haxo, Séré de Rivières fut son continuateur. Achèvement de Tournoux avec la construction de la batterie de Caurres, la batterie du vallon de Claous, la batterie de Cuguret, la batterie de Roche Lacroix haute et basse, la batterie de mallemort, la batterie de Viraysse et son casernement, le fortin de Pelousette, la position de Roir'Alp, le fortin Las Planas à la Tête de Vinaigre, le fortin du mont des Fourches et son casernement, caserne Breissand de Jausiers, casernement de Restefond, observatoire militaire de Cuguret, la redoute de Chaudon, la batterie du Col-Bas et la caserne Courtigis à Saint-Vincent, les forts autres ouvrages de moindre importance tels les postes de la Duyères : à la fin du XIXe siècle, la vallée n'a que peu à craindre d'une invasion italienne.

Dans les années 1930, un siècle après Haxo, un autre bâtisseur marqua la vallée : André Maginot.

Les forts Séré de Rivières étant devenus vulnérables du fait des progrès de l'artillerie, des forteresses en béton armé, souvent enterrées, furent construites. Ce fut le puissant ouvrage de Roche-la-Croix, un « sous-marin terrestre », verrou du vallon de Larche, avec les autres ouvrages de Saint-Ours Haut et Bas. Puis le plus haut ouvrage de la ligne Maginot, l'ouvrage de Restefond, l'abri du col de Restefond, l'observatoire de Serre-la-Plate, l'ouvrage de Plate Lombarde, l'ouvrage de la Moutière, l'ouvrage de Grange Commune. Plus quelques petits ouvrages annexes, comme les points d'appui des Sagnes, de Larche, de Serenne... Ces efforts portèrent leurs fruits. En 1940, grâce à la ligne Maginot des Alpes, de la frontière suisse à Nice en passant par l'Ubaye, 100 000 chasseurs alpins français résistèrent victorieusement à l'assaut de 600 000 soldats italiens. Seuls quelques territoires mineurs avaient été perdus, et le carrefour ubayen était toujours français. En 1939 s'installa aussi dans la vallée le 11e bataillon de chasseurs alpins (11e BCA), qui malgré la débâcle de 40 s'illustra brillamment dans le nord de la France.

Malheureusement, malgré la victoire française dans les Alpes, l'Italie en 1942 et l'Allemagne en 1943/1945 occupèrent l'Ubaye et surtout ses forts. En 1945, des combats eurent lieu entre les Français ayant repris Tournoux, face aux Allemands retranchés dans le « sous-marin » de Roche-la-Croix. Une fois de plus, la Haute-Ubaye avait connu les combats.

Après la guerre, le 11e BCA remplaça le 15e BCA et s'installa en 1948 dans la vallée (hormis pendant la parenthèse de la guerre d'Algérie) et les forts furent démilitarisés, abandonnés.

Aujourd'hui, certains forts, comme celui de Tournoux, se visitent. D'autres, comme celui de Cuguret ou la redoute de Berwick, appartiennent à des particuliers. Le 11e BCA a été dissous et la caserne de Jausiers abandonnée. Mais cependant, même si la « grande époque » de « l'Ubaye militaire » entre 1830 et 1945 est finie. Le CIECM, successeur du 11e BCA, est dissous en 2008. La présence militaire en Ubaye s'achève.

L'histoire du ski en Ubaye

Le long hiver

Jadis, les Ubayens savaient comment résister au long hiver et nourrir tout le monde : une partie de la famille restait sur place, s'occupait des bêtes, de la maison, tissait des étoffes de laine et de chanvre. Les autres partaient : bergers pour l'hivernage des troupeaux en plaine, instituteurs (de tradition, on était très instruit dans la vallée), et surtout colporteurs.

Leur spécialité était le textile, celui produit localement, ou celui, plus fin, acheté dans les fabriques. Ils allaient dans le Piémont, en basse Provence, dans la vallée du Rhône, de la Saône, dans les Flandres. La belle saison revenue, ils rapportaient dans les villages leurs bénéfices... et leurs bras pour les travaux d'été.

Histoire des stations de la vallée de l'Ubaye

1902, c'est le tout début du ski en Ubaye, les premiers skieurs, des militaires, s'installent à Jausiers, dans le hameau de Lans. Quelques années plus tard (1910), un club de sports d'hiver se crée à Barcelonnette. Le manque de neige dans les années 30 donne l'idée à la famille Couttolenc du Sauze (Enchastrayes) de proposer leurs terrains pour la fête du ski club de Barcelonnette.

C'est le début de cette station. En 1935, la Société d'Ascension Mécanique du Sauze installe un « monte-skieurs » où les skieurs sont assis sur une luge, skis aux pieds. Une luge « voyageur », conduite par un spécialiste, descend les non-skieurs.

En 1957, à 1 693 m d'altitude, la station de Sainte-Anne est créée à la Condamine-Châtelard. Deux ans après, Honoré Bonnet, entraîneur de l'équipe de France de ski et Ubayen d'origine, joue un rôle important dans la réalisation de la station de Pra Loup (Uvernet-Fours).